Même si les femmes sont aujourd’hui plus nombreuses à s’informer sur leur situation financière et à s’y impliquer, des freins structurels continuent de limiter leur capacité à se projeter sereinement dans l’avenir, à égalité avec les hommes.

En juillet 2025, la France célébrait un anniversaire symbolique : les soixante ans de la loi du 13 juillet 1965, qui autorisait enfin les femmes mariées à ouvrir un compte bancaire et à gérer librement leur argent sans l’accord de leur époux.

Plus de quatre décennies plus tard, l’autonomie financière demeure un pilier central de l’émancipation féminine. Selon une enquête menée par l’Ifop avec Bpifrance Le Lab en juin 2025, 58 % des femmes interrogées citent l’indépendance financière comme le facteur le plus déterminant de leur équilibre personnel, loin devant les enfants et la famille (27 %).

Des inégalités persistantes

Malgré ces avancées, l’autonomie financière des femmes reste fragile. Comme le souligne l’étude de l’Ifop, « les femmes l’associent d’abord à l’absence de dépendance vis-à-vis d’un conjoint ou de proches, tandis que les hommes y voient davantage la capacité à générer des revenus suffisants pour bien vivre ».

Ces écarts de perception prennent racine très tôt. Dès l’enfance, les filles reçoivent en moyenne sept euros de moins d’argent de poche que les garçons. À l’âge adulte, ces disparités se prolongent dans le monde du travail. Si la différence de rémunération entre les femmes et les hommes tend progressivement à se réduire, il demeure significatif : en 2023, il atteignait encore 14,2 % à temps de travail identique, selon une étude publiée en mars 2025 par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Patrimoine, carrières heurtées et retraites amputées

Ce déséquilibre salarial persistant a des conséquences directes sur la constitution du patrimoine. En moyenne, celui des femmes reste inférieur de 30 % à celui des hommes. Cette réalité fragilise leur trajectoire vers l’indépendance financière, d’autant plus qu’elles cumulent fréquemment d’autres vulnérabilités : carrières interrompues pour élever des enfants, exposition accrue aux difficultés financières en cas de séparation ou de veuvage et pensions de retraite nettement plus faibles. Pour mémoire, les femmes perçoivent une retraite en moyenne 40 % inférieure à celle des hommes.

Contrairement à certaines idées reçues, les femmes épargnent pourtant autant que les hommes. Près de huit sur dix mettent de l'argent de côté, de manière régulière ou occasionnelle. En revanche, les montants diffèrent sensiblement. Selon le baromètre 2022 de l’épargne et de l’investissement publié par l’Autorité des marchés financiers (AMF), les hommes estiment pouvoir épargner en moyenne 280 euros par mois, contre 210 euros pour les femmes. Cette capacité d’épargne progresse néanmoins chez certaines catégories : les femmes de moins de 35 ans et celles appartenant aux catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+) parviennent ainsi à mettre de côté jusqu’à 300 euros mensuels.

Préférence persistante pour les placements sans risque

Si les femmes épargnent presque autant que les hommes, elles n’investissent pas de la même manière. Elles privilégient encore largement les produits financiers sécurisés. Selon une autre étude de l’Ifop, 76 % des femmes optent pour des livrets réglementés  ̶  Livret A, Livret de développement durable et solidaire (LDDS), Livret d’épargne populaire (LEP)  ̶  dont le capital est garanti par l’État, contre 69 % pour les hommes. À l’inverse, seules 24 % détiennent un contrat d’assurance-vie ou de capitalisation. Par ailleurs, elles ne sont que 12 % à investir dans un plan d’épargne en actions (PEA), une proportion équivalente à celles ayant souscrit un plan d’épargne retraite (PER).

Cette préférence pour la sécurité reflète une aversion au risque plus marquée que chez leurs homologues masculins. Les représentations de l’argent restent en effet fortement genrées au sein du couple. L’édition 2025 du Baromètre du média ViveS « Les femmes et l’argent » révèle que si 43 % des hommes associent spontanément l’argent à la liberté, 39 % des femmes y voient avant tout une source d’angoisse.

Les pratiques financières quotidiennes demeurent également très différenciées. Selon la même étude, les dépenses courantes sont majoritairement prises en charge par les femmes (18 %, contre 9 % pour les hommes), tandis que ces derniers assument plus fréquemment les placements financiers (25 % vs 7 %), les achats d’équipement importants (15 % vs 7 %) et les investissements immobiliers (12 % vs 7 %).

Une présence féminine encore marginale sur les marchés financiers                                   

Cette prudence se traduit par une sous-représentation persistante des femmes en Bourse. D'après le baromètre 2022 de l'épargne et de l'investissement publié par l'Autorité des marchés financiers (AMF), près d’une femme sur deux (48 %) se déclare réfractaire à toute prise de risque en matière de placement, contre 36 % des hommes. Les actions restent perçues comme particulièrement risquées : 79 % des femmes les jugent trop dangereuses, contre 70 % des hommes, selon un baromètre Ifop publié en 2024.

Pourtant, les lignes commencent à bouger. En 2024, 39 % des femmes se disaient prêtes à investir en actions, contre 47 % des hommes, indique une étude du Cercle de l’épargne. Un chiffre en hausse de cinq points sur un an et à son plus haut niveau depuis 2016. La prudence en matière financière apparaît également moins marquée chez les jeunes générations. Le baromètre 2022 de l’AMF indiquait ainsi que seules 36 % des femmes de moins de 35 ans appartenant aux catégories socioprofessionnelles supérieures refusaient toute prise de risque. Lorsque 32 % des femmes déclaraient accepter un certain niveau de risque, cette proportion grimpait à 47 % parmi les jeunes femmes CSP+.

Au-delà de la performance financière, les femmes attachent plus d’importance à la relation de confiance avec les intermédiaires financiers (24 %), à la transparence des conditions de placement (23 %) et, surtout, à la sécurité des produits (52 %), à en croire l’enquête Ifop-Bpifrance Le Lab de juin 2025 sur « L’indépendance financière des femmes ». À l’inverse, les hommes privilégient davantage le rendement (51 %) et les considérations fiscales (25 %).

Un rapport plus contraint au temps financier

Si les femmes continuent de privilégier les placements prudents, c’est aussi en raison d’un manque de confiance dans leur rapport à l’argent. Leur émancipation financière demeure inachevée, notamment parce qu’elles se projettent sur des horizons de placement plus courts.

Selon l’étude 2025 de l'Institut CSA pour le cabinet d’audit Forvis Mazars, leur perspective financière se limite souvent à moins de douze mois quand celui des hommes s’étend plus fréquemment sur plusieurs années. Elles sont ainsi 42 % à déclarer raisonner à court terme, contre 36 % de leurs homologues masculins. Cette proportion atteint 47 % chez les jeunes femmes et 51 % parmi celles appartenant à une catégorie socioprofessionnelle inférieure.

Méconnaissance perçue et sous-estimation des compétences

Autre point de fragilité : le sentiment de manque de connaissance financière. Toujours selon la dernière étude de Forvis Mazars, 37 % des femmes estiment ne pas disposer d’une éducation suffisante pour investir. Si 87 % des Français, tous sexes confondus, se disent à l’aise avec la gestion d’un budget, seuls 57 % des hommes déclarent bien connaître les principes de l’investissement financier, contre 44 % des femmes, d’après l’enquête Ifop-Bpifrance Le Lab.

Reste un paradoxe majeur : les femmes ont tendance à sous-estimer leurs compétences financières. Comme le souligne l’AMF, lorsque les connaissances réelles sont évaluées, les résultats se révèlent sensiblement équivalents entre les deux sexes.

Vers une prise en main croissante des finances personnelles

Une évolution notable se dessine néanmoins : les femmes gèrent de plus en plus leurs placements de manière autonome. En 2024, 69 % d’entre elles avaient mis en place des versements automatiques sur leurs comptes d’épargne, contre 53% des hommes.

Cette automatisation traduit une volonté affirmée de reprendre le contrôle de leurs finances, sans nécessairement recourir à un conseiller et marque une étape supplémentaire vers une autonomie financière pleinement assumée.

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