Plus d’un Français sur deux estiment ne pas disposer des connaissances suffisantes pour bien investir. Un enjeu majeur à l’heure de la prolifération de l’information et des arnaques sur Internet.

L’éducation financière est définie par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) comme une « combinaison de conscience financière, de connaissance, d’habileté, d’attitudes et comportements nécessaires pour prendre les bonnes décisions financières et finalement arriver à un bien-être financier individuel apprécié par la personne elle-même ». Cependant, 59 % de la population admet ne pas disposer des informations nécessaires pour faire des choix éclairés, selon un sondage réalisé par OpinionWay au début de l’année 2025.

État des lieux de l’éducation financière en France

L'éducation financière recouvre un champ plus large qu'il n'y paraît. Tenir son budget, savoir distinguer un crédit revolving d'un prêt amortissable, comprendre la fiscalité, planifier des projets, anticiper sa retraite, reconnaître une arnaque financière en ligne… S’y connaître est essentiel au quotidien et utile à chaque grande étape de la vie. S’approprier les principales notions budgétaires et financières permet de gagner en autonomie, d’interagir plus efficacement avec son conseiller bancaire ou financier, de mieux faire face aux aléas et d’éviter l’endettement excessif.
Contrairement aux idées reçues, nos compatriotes ne sont ni meilleurs, ni moins bons que la moyenne en la matière. La France s’est classée 14e sur les 39 pays ayant participé à une enquête internationale sur la culture financière des adultes menée en 2023 par l’OCDE. Cette enquête souligne même des progrès : le score de culture financière des Français s’est amélioré de 12,17 à 12,45/20 entre 2021 et 2023. Ce dernier ne représente toutefois que 62,25 % de la note maximale.

Cette note perfectible illustre la nécessité de renforcer le bagage financier des Français. Le déficit de connaissances crée, en outre, une vulnérabilité face à l’émergence de nouveaux acteurs. Les influenceurs financiers actifs sur les réseaux sociaux, appelés « finfluenceurs », publient des contenus vulgarisés très accessibles, parfois au prix d’une simplification excessives et sans toujours disposer eux-mêmes de solides compétences. L’irruption de l’intelligence artificielle (IA) soulève aussi des problématiques majeures : capables d’expliquer simplement au grand public des notions complexes, les agents conversationnels, comme chatGPT, peuvent aussi générer des recommandations mal adaptées à la situation de chacun et posent la question de la vérification des sources.

Quel rapport ont les Français avec l’épargne ?

Les Français affichent encore de nombreuses lacunes en matière d’éducation économique et financière. D’après le dernier baromètre annuel de l’épargne et de l’investissement de l’Autorité des marchés financiers (AMF) publié en décembre 2025, seulement 13 % des personnes interrogées ont réussi à trouver la bonne réponse à trois questions posées respectivement sur l’impact de l’inflation sur le pouvoir d’achat de l’épargne, le lien entre diversification et risque ainsi que les conséquences d’une hausse des taux d’intérêt sur la valeur des obligations. Selon la même étude, 39 % des Français estiment bien connaître le domaine de l’épargne et des placements, contre 43 % en 2017.

Ce faible score se traduit dans les comportements plutôt prudents des Français en matière d’épargne et d’investissement. Près de 58 % de l’épargne financière détenue à fin 2024 par les ménages est placée sur des produits à capital garanti : dépôts bancaires, livrets réglementés ou non, comptes à terme, fonds en euros des contrats d’assurance-vie et des plans d’épargne retraite (PER).

Cependant, une nouvelle génération de « néo-investisseurs » plus ouverte à la prise de risque, apparue au moment de la crise du Covid-19, est en train de changer la donne : en 2024, l’AMF a comptabilisé 1,7 million d’investisseurs actifs, ayant réalisé au moins une transaction sur des titres financiers français, soit 21,5 % de plus qu’en 2022. Les moins de 40 ans ont contribué à 89 % de l’accroissement du nombre d’investisseurs individuels sur la période.

Les freins à l’éducation financière

En dépit d’un intérêt croissant pour les sujets liés aux finances personnelles et à l’investissement sur les marchés financiers, la culture financière progresse difficilement en France. Un phénomène lié à des barrières sociologiques et institutionnelles. L’appropriation des sujets liés à l’argent et aux placements demeure inégalitaire selon le sexe, le milieu socioprofessionnel, le lieu de résidence, le diplôme et la richesse (niveaux de revenus et de patrimoine).

Si l’intérêt pour les placements en actions progresse depuis huit ans (il est passé de 28 % à 34 % selon le baromètre AMF), celui-ci reste surreprésenté chez les hommes, les CSP+, les personnes disposant de revenus mensuels supérieurs à 5 000 euros et ayant diplôme supérieur à BAC+2. Parallèlement, la part des femmes parmi les investisseurs actifs a régressé, passant de 30 % en 2022 à 25 % en 2024. Leur nombre n’a que très légèrement progressé (+ 0,4 %) : on ne recense « que » 427 326 investisseuses actives en 2024.

Le vocabulaire financier, souvent pensé par et pour les professionnels, constitue un autre frein. Ticket d’entrée, ETF ou Tracker, private equity, unité de compte… Le champ lexical utilisé, souvent emprunté à l’anglais, est de nature à créer une distance avec les particuliers. Enfin, le système scolaire ne joue pas encore pleinement son rôle pédagogique en matière d’éducation financière. Les notions de base ne sont pas au programme en primaire et les sujets financiers ne sont pas enseigné tout au long de la scolarité. Toutefois, des initiatives récentes vont dans le bon sens.

Les initiatives françaises pour améliorer la situation

Depuis 2016, une stratégie nationale d’éducation financière de la population, baptisée EDUCFI, est pilotée par la Banque de France. Inspirée d’un cadre recommandé par l’OCDE, cette stratégie repose sur cinq piliers : développer une éducation budgétaire et financière pour les jeunes, favoriser l’accompagnement des personnes en situation de fragilité financière, soutenir les compétences budgétaires et financières tout au long de la vie, donner à tous les publics des clés de compréhension des débats économiques et accompagner les entrepreneurs dans leurs compétences économiques et financières.

La mise en œuvre d’EDUCFI s’est traduite par des actions concrètes coordonnées par la Banque de France : animation du portail d’information « Mes questions d’argent » dédié au grand public, organisation d’une Semaine de l’éducation financière ou encore formation d’intervenants sociaux dans le cadre du déploiement, depuis 2016, des Points conseil budget (PCB), destinés à prévenir le surendettement et à favoriser l'éducation budgétaire.

En 2024, 318 156 collégiens ont obtenu le passeport EDUCFI, d’après la Banque de France. Destiné à transmettre un socle de compétences économiques, budgétaires et financière aux élèves de 4e, de SEGPA, de 3e prépa-métiers, de CAP et de seconde professionnelle, ce mini-programme de trois heures est en cours de généralisation afin de permettre à 750 000 élèves d’être sensibilisés chaque année.

Dans le même temps, l’AMF, dont l’une des missions vise à protéger les épargnants, mène en permanence un ensemble d’actions à destination du grand public : information sur les risques des produits financiers, sur les arnaques à l’investissement, publication des listes noires des intermédiaires à éviter, journal du bord du médiateur de l’AMF sur des litiges avec les établissements financiers.

Le secteur privé n’est pas en reste : programmes pédagogiques proposés par certains courtiers, banques et sociétés de gestion, articles des médias financiers, publications d’influenceurs sérieux sur les réseaux sociaux… Tout l’écosystème financier s’est emparé du sujet de l’éducation financière et pas uniquement pendant la semaine du même nom, organisée tous les ans.

Comment chacun peut faire progresser sa culture financière ?

Améliorer sa culture financière n’est pas réservé aux plus aisés ni aux plus diplômés. Chacun peut progresser, en adoptant une démarche fondée sur la curiosité, la persévérance et quelques réflexes simples.

Pour débuter, il convient de s’informer en visitant en premier lieu des sites Internet pédagogiques reconnus  ̶  comme celui de l’AMF ou « Mes questions d’argent »  ̶  plutôt que des contenus non sourcés sur les réseaux sociaux. Des guides et dispositifs, qui présentent les garanties de neutralité, d’accessibilité et de gratuité, suivant les critères de I'OCDE, bénéficiant d’un label « EDUCFI », peuvent être consultés prioritairement.

Il faut ensuite se former régulièrement, par la lecture de livres et la participation à des webinaires, en prenant du recul sur les conseils prodigués par des experts autoproclamés. Il est enfin indispensable de se mettre à l’action. Construire un budget mensuel et se fixer un premier objectif simple, par exemple, constituer une épargne de précaution, sont de bonnes bases pour commencer.

Une fois ces étapes franchies, il est possible d’expérimenter des placements plus risqués, en ouvrant un plan d’épargne en actions (PEA) ou une assurance-vie, avec des petits montants. Les contrats les plus accessibles peuvent être ouverts avec seulement quelques dizaines d’euros.

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